Les Commerces

Recueil en ligne d'histoires (fictives) sur le commerce de détail. Parution chaque lundi, à 16 heures. Par F.Benhaim.

Le magasin de perruques

Une vitrine de bustes, de mannequins aux allures féminines mais finalement androïdes, à la figure blanche de polystyrène, rangés les uns à côté des autres, comme dans un musée ou dans la remise d’un groupe d’égyptologues. Il y a même de petites étiquettes, comme au temps de Champollion. Plusieurs rayons qui couvrent tout l’espace de la vitrine, de bas en haut, plusieurs étages d’yeux peints et de lèvres rouges, mais surtout, surtout, de chevelures diverses, de toutes couleurs, des plus naturelles aux plus colorées.

A l’intérieur, c’est comme en vitrine. Un espace, pas si grand mais pas si petit que ça, que le client peut parcourir aisément, car il n’y a qu’un présentoir central (des colonnes avec des bustes au pinacle), et à part ça, des murs et des murs de perruques. De bas en haut, quatre étages, organisés par couleurs et par longueurs, dans l’ensemble des perruques féminines, cheveux longs, drus, cheveux courts, coupe au carré, à la garçonne, ou au contraire, encore plus longs… extensions… (Il y a un mur d’extensions, autour de la caisse.)

C’est ici le haut lieu des perruquiers et des posticheurs, des perruquières et des posticheuses. La patronne est dans le métier depuis toute jeune. Ca fait trente-cinq ans qu’elle travaille. Elle a commencé en apprentissage, ici-même. Elle vend de tout : naturel, semi-, lisse, bouclé, avec toutes les nuances d’ondulations, mais aussi les perruques de mode et les perruques de fête (les rouge, bleue, rose, violette, mauve, on en fait, de la fantaisie !). On se dévoue ici aux femmes (et aux hommes) qui pour une raison ou une autre veulent changer d’identité, de visage, ou qu’un complément capillaire pourra aider. Madame n’a jamais aimé ce terme : prothèse capillaire. Ca sonne laid et c’est si loin de la beauté de ses clientes. En forme, ou malades, jeunes, ou âgées, minces, ou rondes, elles sont si belles, et elles peuvent changer de visage en une perruque. C’est le travail d’une vie ; c’est une fierté. Bien sûr, c’est un métier comme un autre, on ne va pas en faire un plat ; on n’est pas au journal de Jean-Pierre Pernaud (tellement démago, au passage). Et le métier de perruquier a de l’avenir, à l’inverse du ferronnier à chevaux. Tout à fait à l’aise dans le nouveau siècle, même si les visages anonymes sur les étagères dénotent un style délicieusement années 80. La patronne anime une page facebook, depuis un an ou deux. Elle y passe beaucoup de temps et annonce les promotions et les soldes, les nouveaux produits qui rentrent, sans compter les petits conseils dont les clientes sont friandes. Elle passe ses commandes, elle en reçoit ; la vie de la boutique a beaucoup changé depuis internet, qui selon elle a amélioré son chiffre d’affaires.

La décoration est des plus sommaires : un plancher, assez joli, les murs aux perruques, et puis rien. Ca suffit. On ne vient pas ici pour admirer des Picasso. Des miroirs, toutefois, car au fond c’est soi qu’on vient admirer, et on doit s’y sentir bien, comme dans boudoir. Il y a par conséquent un joli fauteuil club en cuir brun pour les personnes  qui viennent accompagner, et un guéridon de côté, pour poser ses affaires ou une tasse de café. Les perruques ne sont pas données ; pour nombre de femmes c’est un véritable investissement, plus cher que des lunettes, alors il faut mettre les gens en valeur. Et puis il faut le temps d’essayer : comment acheter si on ne s’y voit pas ? pas grave si vous prenez une heure, Madame, prenez votre temps, je suis là de toute façon. Les cheveux retombent sur leurs nouveaux propriétaires de façon naturelle, parfois ; c’en est étonnant, comme si le visage se cherchait une épouse. Qui croirait qu’ils viennent de l’autre bout du monde, d’Inde ou d’ailleurs, de chutes de coiffure, et dans cette industrie Madame croit toujours voir quelque chose de miraculeux.

Certains soirs, en particulier les samedi, on reste ouvert pour les personnes qui sortent. Soyez resplendissante à la soirée, vous le méritez bien.

Paris le 24 janvier 2014.

Le magasin de costumes

Plein de couleurs dans la vitrine, des rêves, et de la fantaisie. Des soirées d’Halloween. De carnaval. Des soirées vénitiennes. Des anniversaires. Des bals costumés. Des surprises. Des soirées à deux, un peu relevées. La liste des souvenirs s’allonge et se censure facilement. Depuis l’apparition des réseaux sociaux, les costumes se vendent mieux, parce qu’on les prend pour les photos à venir. Ici, si vous voulez vraiment impressionner, vous pourrez vous déguiser en Egyptien, en Toutânkhamon, en pharaon d’Egypte. Ici vous entrez dans le monde théâtral des faux-semblants et des résurrections mémorielles, du passé qui se perd et se retrouve dans les manuels d’histoire de la parure. Sortez en princesse, ou en roi Arthur. Entrez dans la peau de Darth Vador. Venus ici pendant la pause déjeuner, le cadre ou la directrice de division auront le rêve de se transformer en vedette de cinéma, paradant sur un sphynx géant comme Elizabeth Taylor dans Cléopâtre.

Vous n’êtes pas obligé d’acheter. Vous pouvez tout à fait louer pendant une nuit, un jour, deux jours. Orientez vos amis, si vous le souhaitez, vers la boutique, et venez en groupe pour vous déguiser, vous travestir. On fait aussi des robes de salsa d’ailleurs, flamenco, drag queen. C’est écrit sur la vitrine, et sur le site web. On est tout à fait ouvert d’esprit, ici. Si vous voulez un accoutrement, on ne vous posera pas de questions ! Et notez bien ! on propose ici des locations de chaussures, tout à fait extraordinaires : chaussures de claquettes, chaussures hautes, chaussures renforcées, bottes de sept lieues, ballerines (qui s’usent vite), chaussures façon Cendrillon. Toutes tailles !

C’est dommage, trouve-t-on derrière le comptoir de verre, qui abrite une myriade de bijoux fantaisie et d’accessoires, portant une gamme de maquillage qu’on retrouve aussi sur les murs et sur des présentoirs, c’est dommage, disions-nous, que la France ne soit un grand pays du déguisement. De l’artifice, Georges de la Tour l’attestera. De la revue, allons, Paris est capitale, depuis les Folies jusqu’au Lido…mais point de grande fête. L’Allemagne, le Brésil, Cuba, les Antilles sont des hauts lieux du carnaval. Et Venise ! Que n’a-t-on ici de costumes, de masques vénitiens. Au fond, le rêve du patron ç’aurait été ça, lui et sa femme se seraient bien vus en doges, tournant et dansant lors d’un carnaval sur la place Saint Marc… (Chaque année, ils vont au carnaval de Venise, pour les congés, et ferment boutique.) Et les Etats-Unis, avec Halloween et les maisons hantées, les enfants qui demandent des bonbons ? La monnaie de tout cela, c’est le costume. C’est le déguisement. C’est parce que vous êtes autre qu’on vous offre tant de générosité sous formes de bonbons ou de baisers d’inconnus. C’est ici la banque du rêve et de la fantaisie, des nuits folles et des frayeurs d’enfant.

Pour cela, ça ressemble à la caverne d’Ali Baba revue par une couturière. Disons, peut-être, la caverne de la costumière d’Ali Baba. Ou, la costumière qui aurait succédé à Ali Baba à la tête des Quarante Voleurs, ne volant plus que les fringues, laissant les passagers du monde en petite tenue sur les bords des grands chemins. Vous voyez ce que je veux dire… Des vêtements pendent de toute part, suspendus dans les coins et aux murs. Là où il reste de la place, on a accroché des étagères, des présentoirs, et là, vous pourrez choisir vos « make-up », vos bijoux, vos chapeaux (ah les chapeaux !). Les chapeaux sont au-dessus du textile, sur le haut des murs, sur des bustes en polystyrène et sur des crochets. Le plus beau, de tous les avis, c’est celui du capitaine pirate. Ou de d’Artagnan, à voir.

Les costumes ne sont pas organisés. Aucunement. C’est par taille, et pour le reste, débrouillez-vous. Une section masques au fond du magasin permet de se retrouver entre les George Bush, qui se vendent de moins en moins, et les vénitiens, pour certains enfermés dans une vitrine. On va du super héros à l’homme des cavernes, de l’ours polaire au gorille, de la poule géante à la princesse Peau d’Ane. Oui, c’est le bazar, et les registres se mêlent, mais c’est ainsi, et c’est la rançon du succès. Parmi toutes ces couleurs, votre esprit virevolte d’une époque à l’autre, et en passant le seuil de la porte pour rejoindre le bureau, vous vous trouvez, décidément, bien réaliste.

Paris, le 20 janvier 2014.

Le magasin de bricolage

Depuis quelque temps, cette enseigne a ouvert en centre ville et la clientèle afflue.

C’est ici que viennent les trentenaires qui emménagent, les grand-parents qui améliorent, les familles qui aménagent, les célibataires qui choisissent et s’installent. Plusieurs étages s’offrent à votre découverte. Plusieurs niveaux de magasins. Plusieurs hangars en un. Le génie de la Chine industrielle se déploie devant nos yeux.

L’entrée est grise. La lumière vient de néons. Le sol est gris-noir, couleur de poussière. Ca sent le plastique brûlé, la peinture, le caoutchouc, le bois, la cire, les produits de nettoyage. De partout, ça pend : luminaires, fils, objets en vente, panneaux, flèches, prix, indications de sécurité. Pourtant, c’est vivant, et plein de personnes enthousiastes. Dans l’achat il y a l’avenir, les espoirs et les attentes des clients, ou leur soulagement : enfin, on va changer ce parquet ! finalement, l’épouvantable lunette de toilette s’en va ! il est temps aussi de se débarrasser de cet évier… L’ampoule qui pend du plafond va pouvoir être parée. L’adolescente un peu brouillonne va pouvoir se choisir une déco au grand plaisir de ses parents conservateurs. L’étudiant un peu attardé s’achète enfin un canapé digne de ce nom, signe qu’il a évolué. Ici, on a de tout, du meuble jusqu’au morceau de meuble. En gros, l’amélioration de sa demeure, le home improvement, c’est ici qu’il trouve son haut-lieu, et disons-le, nous y aspirons tous. Georges Pompidou lui-même commanda une antichambre à l’Elysée à Yaacov Agam. Ce n’est pas une question de classe ou de catégorie sociale, pas tout à fait de personnalité : vous qui avez un nid, vous voudrez y travailler sans cesse, comme ces oiseaux qui ramassent branchages et brindilles pour renforcer chaque jour la structure de leur demeure, jusqu’à composer ces immenses nids de cigognes, d’aigles ou les cottages suspendus des hirondelles. Voyez-vous, nous ne sommes pas si différents, mais nos brindilles sont ici, fabriquées en Chine, disais-je, et prêtes à changer notre façon d’ouvrir une porte, d’allumer la lumière, de nous allonger, de reposer notre tête, de nous asseoir, peut-être de faire l’amour. Cette passion de la demeure, c’est l’œuvre d’une vie dont le produit ne sera plus la maison pétrifiée des anciens. Il y a un siècle, on trouvait quatre cents objets dans une maison, aujourd’hui, dix mille. C’est ici que vous comprenez pourquoi. Venez pour une poignée de porte, vous repartirez avec une lampe. Venez pour un clou, vous prendrez aussi le marteau. Vous voyez, vous avez beaucoup vous consacrer au moindre achat à l’économie et à l’efficacité des ressources, ici tout se perd, votre maison se transforme en château de Louis II qu’il faut édifier.

Ensuite, il faut la transformer, tout le temps, comme Pompidou à l’Elysée. Votre salon était rouge : il passe au jaune. Il était jaune : il passe au rouge. Remplacez la salle de bain, changez la baignoire. Avant ça durait ; maintenant, un intérieur, c’est comme un iPhone, ça se jette et ça se remplace. Il faut bouger, il faut être dans le mouvement, regarder de l’avant. Et donc, vous voici de nouveau ici. Ca a cassé. Ca s’use. Ou tout simplement, vous vous êtes lassé. Quand vous voulez changer de vie, c’est idiot, mais au fond, vous avez le choix : changer de coupe de cheveux, redécorer votre appart’, ou partir à Tahiti. A Shanghai. A New York. En province*. Enfin, vous voyez ce que je veux dire. Et au final, vous voilà revenu au magasin.

Pour changer justement, pour bâtir, on donne des cours de bricolage. Qui n’est plus marqué socialement ; bricoler, c’est très bien. Comme il y a un siècle, en 14-18, les classes aisées s’approprient les codes des autres. A l’heure des gym et du sport quotidien, tous l’avouent : c’est sexy de mettre la main au plâtre !

Regardez tous ces autres citoyens, réunis. Ce ne sont pas vos collègues. Ce ne sont pas vos voisins. Ce ne sont pas vos amis. Vous les voyez à la fête de la musique peut-être, au 14 juillet. Ce sont les gens qui comme vous, sont venus au magasin de bricolage. Une immense communauté humaine qui réaffirme son pouvoir, le pouvoir de faire soi-même.

Paris, le 12-13 janvier 2014

A Thomas A. pour un moment glamour au magasin de bricolage.

A mes fantastiques amis, merci et très belle année !

L’atelier d’encadrement

Du dehors on voit les travaux de dedans ; la boutique a précédé ces boulangeries où l’on montre le personnel en train de façonner les petits pains.

Le lieu est exigu. Il n’y a pas d’espace de vente distinct ; vous entrez directement dans l’atelier, où travaille Monsieur l’encadreur. Ici depuis quarante ans, il officie devant vous, et vous explique le prix au moyen de son équerre. Du dehors, vous le voyez à l’œuvre ; il a fait ainsi bien avant les boulangeries à la mode qui ont mis leur personnel en vitrine. D’ailleurs, du dehors, on le voit, lui, et quelques tableaux fétiches qu’il a faits récemment ou encadrés et conservés. Il peint aussi, c’est un artiste ; il y a donc de ses compositions sur les murs et dans l’un ou l’autre des pans de vitre. Des portraits fleuris, des rabbins, de vieilles dames, des champs à la façon impressionniste. Monsieur a fait de la copie aussi, dans sa jeunesse, mais aujourd’hui, ça le fatigue.

Ici on pratique la restauration, aussi, de vieux tableaux s’amoncellent dans un coin. Dans l’ensemble, on ne sait pas ici si on est chez un artisan ou chez un peintre : devant soi, lorsqu’on entre, une table de travail, grand plateau comme une table d’architecte. A droite les tableaux en travaux, à gauche, posés verticalement et sur de grandes planches, des dizaines de cadres. Au mur, au-dessus de la table de travail, les modèles de cadre : bâtons, ioniens, dorés, simples, couleurs, couleurs vivres, pastels, compositions diverses.

C’est vraiment à vous de voir ; on peut faire de tout. Mais pour une esquisse, une estampe, parfois quelque chose de simple est préférable, comme un simple pourtour au papier cartonné. Ca ressemble à un encadrement et c’est —si vous le le permettez—moins cher. Au sol, un béton poli par les âges,  des bouts de bois, de la colle solidifiée, des morceaux de carton, des bouts de fil, des traces de peinture, de la poussière et de la sciure. C’est un lieu de travail, et le travail a laissé sa trace, sous vos pieds. Le vieux tabouret lui aussi est usé ; le bois est lissé par le temps. L’atelier est lumineux, et la peinture blanche un peu jaunie par les travaux, les gaz et un peu de tabac (Monsieur a arrêté) reflète tout de même le soleil qui entre du dehors.

Les tarifs sont abordables ! c’est du travail ! et pour autant les gens vont quand même faire ça dans les grands magasins. Tant pis, pour eux, si leurs salons se ressemblent encore plus.  De toute façon, ici ce n’est pas éternel. Les loyers sont impayés depuis des lustres et ça finira par péter avec le propriétaire. Il fait ses recours, et ça traîne, mais un jour ça va aboutir. Ca fait déjà deux ans que le patron avertit ses clients : je ne vais pas tenir. Vous voyez, je vous fais un prix, mais…

Sur la table, les outils de la beauté et de l’art, sont posés : marteaux, scies, pinceaux, outils de mesure, clés, pinces, bouts de bois, tout ce que Léonard de Vinci utilisait sûrement, lui aussi, est ici. La beauté a ses instruments ; ciseaux, couteaux à bois, palettes, limes, lames, brosses. Sa cire, ses couleurs, sa parure. C’est une palette de couleurs, un coffret d’objets et de tons, de décoration. Dans le travail accompli, on oublie les soucis.

Paris le 6 janvier 2013.
A l’encadreur du  9e qui a fermé boutique.

Aux décorations de Noël

Noël est passé, tout est déjà en soldes. Ca sent la relève, et comme un lâche soulagement. Au-revoir les repas et les fêtes, le cérémonial, les beaux habits et les remarques de la Tante Ursule, ou de l’aïeul qui radote, ou les objets volants de Cousin Untel, qui ne passe jamais le seuil de l’adolescence, comme perdu dans un vortex hormonal…ou tout, ou rien de tout cela si vous avez de la chance ou de la malchance…Pour d’autres Noël c’est une fête entre amis. Pour certains, c’est une bouteille de vin. Le bonheur, le malheur, dans tout cela est difficile à décerner ; il se loge là où on ne l’attend pas et ne prend pas toutes les formes les plus attendues.

Les boules de Noël, c’est un peu ça. Il y a un Noël traditionnel : des boules qui scintillent, qui reflètent mille petits éclats de Neige dorée. De fausses pommes (savez-vous qu’au départ, on accrochait des pommes et des oranges, appelées pommes d’or ?). Du cristal (qui a remplacé les aliments, plus tard). De jolies sculptures de bois, petites, d’anges et de reines, qui se promènent dans les airs, suspendus à de minces fils dorés ou transparents. Ca c’est le Noël des marchés, le Noël des réclames, le Noël des vitrines, le traditionnel. C’est un monde « féérique », qui est sensé vous amener au pays des elfes, dans un monde médiéval-fantastique que vous apprécierez même si vous n’avez jamais été très Dongeons et Dragons, jamais très contes de fées. Noël, c’est le moment où on se transforme tous en geeks obsédés par la magie des mondes imaginaires. Tout ça c’est un rayon entier du magasin, tout un pan de mur, et c’est magnifique.

Si votre Oncle Jimmy aime aussi se déguiser en Père Noël, ici plusieurs costumes pourront l’accomoder. Vous avez le style Saint Nicolas, plutôt cape et robes rouges. Vous avez le style Père Noël moderne, même pour les minces. Vous avez le style Père Noël revisité de noir, et quelques perruques. Pour les féministes, ou les Maman désireuses de se déguiser, voici Mère Noël en quatre tailles. On vend aussi les lunettes rondes pour l’un ou l’autre, les accessoires, la ceinture noire, les bottes (vous pouvez vous en servir en guise de Moon Boots, mais cette année il fait trop chaud). Dernière nouveauté, si vous allez aux Tropiques pour Noël comme nous l’aimerions tous, les maillots de bain rouges. Oui, là aussi, il y a des sapins et des barbes blanches.

Mais revenons aux décorations. La suite ce sont les choses qui se pendent et qui vous surprennent : objets suggestifs voire franchement sexuels, imitation de fruits, guirlandes de petits ananas en plastique. Le rayon insolite croît chaque année ; il y a tout un courant de gens qui en ont assez de l’épicéa et du clinquant. Ils veulent parer un cactus, un palmier, un bonzaï. Souvent un objet décoratif suffit.

Un peu plus loin, là, sur votre gauche, vous avez le royaume de la guirlande. De toutes les couleurs, à vous en faire mal aux yeux, ainsi que les électriques de toutes couleurs, et luminosités, et qui vont éclairer votre salon. Ce genre d’accessoire brillant au possible se vend toute l’année ; il fait office d’éclairage dans de nombreux restaurants, salons, ou chambres de célibataires. Cela indique une certains chaleur humaine, l’esprit de la fête prolongée.

La moquette, c’est un motif en arbres de Noël et traîneau. Sans doute vous a-t-il échappé que vous pouviez aussi décorer votre sol. Là votre œil se fixe sur la peinture et les décalcomanies spéciales, Sapin, Croissant de Lune, etc. Il y a aussi les décorations murales, d’ailleurs, les étoiles pour cime d’arbre. Quelques autres décorations près de la caisse, pour les autres religions, Chanukkah, Ramadan ; en toutes saisons, on fait magasin de décorations ; en saison spéciale, on multiplie les décorations pour coller au thème. Noël, c’est « la » grande opération. La vitrine, d’ailleurs, est partiellement couverte de neige artificielle, dedans, différentes modes d’arbre de Noël sont exposées. Une musique douce, de clochettes, retentit, ainsi que les incontournables tubes de la variété internationale. Venir ici, c’est un peu comme aller au parc d’attractions ; une fois, de temps en temps…

A James Bush et David Reid, qui se sont rencontrés dans une boutique.

Paris le 29 décembre 2013.

Bonne année à tous.

Le supermarché asiatique

Au supermarché traditionnel, il y a quelques marques célèbres qui proposent depuis vingt ans les produits d’Asie : sauce soja, nems, ou chips de crevettes. Mais dans l’ensemble, cela reste pauvre et la qualité n’est pas au rendez-vous. Les connaisseurs viennent au supermarché astiatique. Asiatique, vous savez, cela ne veut rien dire… Aucun rapport entre la Turquie et le Japon. Mais on appelle ça asiatique, et on parle d’Extrême-Orient, et ça nous parle à nous, vu d’ici.

Au supermarché asiatique, donc, vous trouverez tout ce qu’il faut en fruits, sauces, desserts curieux. Commençons par le dessert justement : lait de coco, riz, taro, tapioca, herbes vert vif ! Haricot rouge, haricot mungo ; les légumes et les féculents les plus banals se transforment en délices ! Un peu comme notre pain perdu qui devient un plat sucré. Tout ça est conservé dans un frigo ouvert, où chacun peut se servir, et provient d’une fabrication ostensiblement artisanale, ce qui rassure certains clients et en effraie d’autres. Allez-vous vous essayer à goûter le dessert vert vif trempé dans le lait de coco ? Oserez-vous étonner les convives de ce dîner chez des gens un peu traditionnels ? Les plus audacieux feront le pas sans hésiter pour surprendre éduquer et provoquer.

Les fruits viennent de loin mais ils sont beaux à voir ; il y a quelque chose de dépaysant, comme un morceau de chaleur et de Tropiques, dans une mangue qui traîne sur une avenue en décembre. A se demander pourquoi les cafetiers ne décorent pas leurs tables d’ananas au lieu de les chauffer au gaz. Les pommes, poires, oranges, tout ce que vous croyez connaître et dont vous ne savez que la version espagnole sont toutes différentes. Venir ici c’est voir qu’ailleurs, on ne fait pas comme ici…

A l’intérieur, c’est propre, mais ça sent plus fort que chez X-marché ou Y-four. En fait, ça sent tout autant chez Super-V ou T-Mart, mais pour vous, le fromage, c’est normal, et ici, l’odeur du poisson, c’est normal. D’horribles néons éclairent tout d’une lumière froide de réfrigérateur. Supermarché oblige. Les carrelages au sol sont beiges. Supermarché oblige. Et comme dans le hard discount, vous avez le sentiment qu’entre le hangar et le lieu de vente, il n’y a jamais vraiment eu de transition. Qu’importe, car vous vous promenez avec votre panier, et avec lui, vous êtes en voyage.

Difficile, au début, de tout explorer. C’est comme dans une librairie : il y a trop à voir, ça finit par donner le tournis. Tout un rayon est consacré à des conserves qui proposent de merveilleuses choses à base de tofu et soja : fausse viande, tofu en sauce huileuse, tofu en sauce piquante, tofu en sauce salée, et le tout peut accompagner légumes ou viande, selon que vous soyez végétarien ou simplement amateur. Juste après, il ya les alcools : alcools de riz , bières chinoises, thaïes, japonaises, et puis des bouteilles aux colorations plus ou moins réussies : alcool de letchi, par exemple. Souvent le packaging est banal, mais les images, les caractères, les produits évoqués perdent le consommateur européen en un choix simple : t’essaies, t’essaies pas. Si c’est vendu, et si quelqu’un en mange, c’est que ça doit pouvoir se manger, s’est dit l’un ou l’autre des clients peu habitués un jour ou l’autre. On les reconnaît parmi les clients de tous les jours, qui conversent avec les dames à la caisse. Ils et elles prennent leur denrée comme vous et moi à la boulangerie ; sans façon. L’objet de l’attention n’est plus l’achat. Pour le curieux, il n’en est pas ainsi, et sa façon peu assurée de tenir ses achats, de les porter, et même de les poser sur le tapis et de les emballer lui donne un air puceau, comme quelqu’un qui irait au magasin pour la première fois. Imaginez l’impression ! t’es jamais venu dans une superette ou quoi ? — Je n’ai jamais vu ça…

Paris le 23 novembre 2013

Aux autres petits-fils d’Elie, en particulier Jérémie Bouaziz et Yoram Elkaïm.

Matelas, literie, sommiers

De l’extérieur on dirait un esemble de plaines polaires, coupées au carré, enrobées de plastique, de plateaux blancs sur lesquelles on pourrait faire atterrir des drones. Il y a dans les vitrines de grands matelas blancs à l’air moelleux et invitant, de petits nids qui n’attendent que vous, votre moitié, et vos souris. Confort, et modularité.

Songez à votre santé ! Et si vous dormiez mieux ! Pensez à votre dos ! peut-on voir écrit, sur les vitrines, sur les murs, peut-on entendre dans les discussions menées par les vendeurs. Aux esprits désireux d’acheter la paix du ménage avec un matelas plus grand, ces arguments viennent renforcer le désir d’achat, justifier le geste. Motiver l’investissement. Un divorce, ça coûte tant. Un matelas, ça coûte beaucoup moins. Et ça, sans compter les emmerdes.

Mais un matelas, un sommier, le tout ensemble, c’est onéreux ! alors il y a toujours des promotions et des affaires à faire. D’énormes panneaux jaunes vous le signalent dès la vitrine. C’est écrit au marqueur, rouge, noir, impossible de rater. -15, jusqu’à 40%. Solde exceptionnelle. Tout doit disparaître, à nouveau. Liquidation finale, cette fois. Vraiment, maintenant, on ne plaisante plus. C’est ce mois-ci ou jamais. Profitez-en, il reste quelques jours, quelques heures. Et en plus, en ce moment, c’est sommier, sangles, oreillers, offerts. La livraison, c’est autre chose, mais on peut reprendre, on peut faire un prix, ça dépend de la saison et des autres commandes. Vous savez, dormir c’est comme manger et boire, on n’investit pas assez. Savez-vous que c’est pendant le sommeil que le cerveau se vide de ses toxines ? Non, vous ne le saviez pas. Et que le crâne doit être incliné de la bonne façon ? Non plus. Tenez, on vient de rentrer ce nouvel oreiller, c’est une merveille ; un très bon produit. On a coutume de dire qu’il favorise l’élimination cérébrale, ici, chez nous. Allez vérifier, si vous voulez, mais c’est ce qu’on dit, nous. Et en plus, il est ultra-léger, et anti-acariens.

Les néons éclairent l’ensemble de manière uniforme et presque douce. Si vous regardez bien, vous verrez des nuances : jour, nuit, pénombre. Le tout dessine des ombres fort différentes sur le faux parquet et les murs blancs, que décorent quelques cadres de photos génériques, Caraïbes et Alpes. Le néon vous présente différemment selon qu’il est seul ou allié à d’autres éclairages. Songez-y, et pour mieux vous y faire penser, on a disposé quelques lampadaires imitation cuivre autour des lits.

Un lit, c’est aussi un premier investissement pour un jeune couple ; le ciment d’une relation, sans mauvais esprit ! Alors payez en plusieurs fois, car on est conscient que c’est un investissement ; mais considérez : c’est un investissement ! bien dormir, c’est être bien éveillé ! Bien travailler, bien se dépenser. Vous vous êtes vu quand vous êtes crevé ?

Quelques fausses plantes parcourent le magasin, comme pour ponctuer l’espace autrement bien plat, fort horizontal, avec les lampadaires. Ca fait des années qu’on est dans le métier, et ces derniers temps, les affaires sont moins bonnes, car les gens essaient de prolonger la vie des matelas, voire achètent des occases (on trouve ça dégoûtant), voire vont dans les zones industrielles chez le Suédois. Ca n’empêche, la population augmente, les ménages aussi, et avec eux, la demande en logement, et au final de matelas. On a su évoluer avec la demande. On fait le style futon. On fait aussi du matelas « sur mesure » (on commande, quoi). Du matelas en tout genre, car de nos jours, on voit de tout, en matière de modes de vie. On est là pour rester, en d’autres termes. Le sommeil, en principe, ça restera !

Paris, le 16 décembre 2013.

Au King-Sized Bed qui n’a pas pu tout sauver…

La librairie engagée

 

            Des luttes des années 60, 70, et avant, et après, il reste des livres, et des souvenirs. Ici, le tout se mêle à du papier à cigarette sur fond d’espoir. La boutique est structurée comme suit : en vitrine, des thèmes : en ce moment, c’est l’Afrique, la Françafrique. Dans la boutique, on vend plus que du livre : de l’enregistrement audio (CD), des DVD (le documentaire sur Lumumba, tiens), des cartes postales, quelques affiches, des marque-pages, des livres pour les enfants (une approche qualitative). Et évidemment les ouvrages politiques : romans, littérature engagée, biographies, autobiographies. Mémoires et recueils. Remémoration. Il y a des responsables socialistes que vous avez peut-être oublié, mais sans qui vous n’auriez pas vos petits avantages d’Européen de l’Ouest : congés payés, semaine de travail limitée, protection contre la maladie… Il y a des responsables révolutionnaires des pays andins à qui on doit beaucoup ; avec le recul, c’était dommage de s’occuper autant de Mao.

C’est une curieuse chose que d’être une librairie engagée au 21e siècle. L’information n’est plus qu’ici :  à une époque, hors des librairies engagées, pour savoir quelque chose sur Trotski, César Chavez ou Rosa Luxembourg, point de salut. Mais maintenant tout ça est sur wikipedia, enfin pour les âmes qui se contentent de peu. Quel est l’intérêt ? On se vit comme un petit phare dans une brume de pensée unique ; une bougie tenace dans la pénombre grise. Politiquement, c’est devenu difficile de se situer : entre le Front de gauche, les écologistes critiques et la gauche alternative. Mais à mesure que les années passent ça se destructure. Quelques moments d’intérêt, comme Bové en 2007. Et pourtant ce n’est pas la pensée qui manque. Il y a tant d’intellectuels ! tant de livres qui s’écrivent ! tant de richesse à partager !

Librairie engagée, la librairie est aussi une librairie de quartier. En pénétrant, vous constaterez qu’on a gardé le carrelage beige et couleurs années 70. La caisse est un bureau sur la gauche, toujours surchargé, avec en plus des piles de livres, le terminal CB, un ordinateur avec un tableur grand ouvert (pour retrouver les clients, les numéros de cartes de fidélité, les coupures de presse…). Il y a peu de rayons ; deux sections, littérature à gauche, le reste à droite. Beaucoup d’ouvrages récents, quelques anciennes rééditions, une petite section où l’on vend quelques livres en seconde main, mais vraiment des choses qu’on a du mal à trouver ailleurs. Il y a quelques années, la maison a frôlé la mort, mais maintenant ça tient à peu près, bon an mal an, avec les différentes clientèles. L’avenir de la profession, personne ne le dira ; on continue. Il paraît qu’aux Etats-Unis les chaînes sont mortes et les indépendants sont restés, moins nombreux, et ça fournit une note d’espoir, car après tout si ça se passe en Amérique, dans quelques années, ici…

Paris, le 9 décembre 2013.

Note spéciale de l’auteur : je n’ai pas soutenu Bové en 2007, c’est de la littérature ! 😉

Le magasin de reprographie

Le bruit mécanique des copieurs est constant dans cette petite boutique, située à proximité de l’université. Les étudiants se succèdent à longueur de journée, mâchant des barres de chocolat et buvant des boissons sucrées, parfois détendus, parfois anxieux, parfois terriblement pressés. Les clients dernière minute, ce sont les pires ; il faut un calme absolu pour les supporter, mais il le faut, car ils reviennent toujours. Il faut leur montrer que vous pouvez travailler avec leur névrose, leur retard, leur désorganisation, et ils seront à vous, toujours à vous, a pensé, un jour ou l’autre, un commerçant qui a pris le temps d’y réfléchir.

Il y a une couleur qui domine c’est le gris : le gris des machines si vite vieillies, usées par le passage quotidien de tant de devoirs, manuels, cartons d’invitation et pièces d’identité. L’odeur, c’est celle du papier et du plastique chaud : l’air est irrespirable à l’homme de grand air. C’est une atmosphère de rat ; un environnement fait pour les humanoïdes que nous sommes déjà.

La gestion du papier est un problème permanent : il y a des ramettes partout, entassées, empilées, calées sous les tables et sur les dessus de certains meubles. Le papier cramponné, en boules, est aussi partout, et les corbeilles n’y suffisent plus. Il faut sans cesse nettoyer ; ça, les clients ne le voient pas, et pourtant elle y passe un temps fou.

L’espace est réparti autour des photocopieuses, maîtresses des lieux, numérotées. Chacun doit en référer à la machine qui lui est prescrite par la patronne. Ensuite, vous allez la voir et vous lui indiquez votre numéro de copieur, et elle vous indique combien vous devez. Pour les impressions spéciales, pour les sodas, voir avec elle. Pour les commandes en nombre, même chose.

En Iran, cette dame était sûrement pharmacienne, docteure… Elle vous répond et vous accueille avec une courtoisie toujours renouvelée, et ne hausse pas le ton face à l’impertinente gamine de vingt ans qui veut tout relié en quarante exemplaires dans une heure. C’est rare à Paris !

Si vous décidez à prendre autre chose, vous pourrez choisir parmi les cahiers, les stylos et les boissons. Bientôt, elle « fera » aussi des confiseries.

Caen, le 1er décembre 2013.

A la famille Morice.

La chapellerie

Parce que la mode est un éternel retournement, à l’époque où la provocation et la modernisation semblent peiner à se loger, le chapeau a resurgi. Il n’était jamais parti, me direz-vous : il s’était insidieusement mu en casquette de sport et en bonnet. Voici revenus les casquettes à l’ancienne et les chapeaux ronds des dames ; ça fait fureur à Montmartre ; et d’un look un peu saltimbanque (le haut de forme qui singe l’antique bourgeois), le couvre-chef est passé au dernier chic. Le béret n’a plus rien d’une opération de com’ nostalgique d’éléphant socialiste. C’est même un complément utile face au froid ; la signe d’une loi naturelle de l’habillement, victorieuse toujours : le besoin de se couvrir la tête. Et donc, nous nous la couvrons, et nous ressemblons toujours plus aux années 30 ; pincez-moi si je suis le seul à ne pas apprécier… Comme on aspire, du coup, à retrouver le soleil ! Met-on des chapeaux, dans les émergents ?

En tout cas, la boutique se présente ainsi. Une belle vitrine pleine de bustes masculins et féminins ; des chapeaux anciens, des chapeaux neufs. Une immense rangée de bérets et de casquettes de tradition, et de qualité. Ayez l’air gentleman farmer, chasseur du dimanche, bon père de famille, joueur de pétanque, à peu de frais, et sans prendre le frais sur votre tête bien polie ou bien garnie. A droite, donc, les hommes. Au-dessus de vos têtes, et à gauche, les dames : de magnifiques chapeaux pendent même du plafond comme des oiseaux que l’on aurait attaché à des fils…… A gauche, choisissez parmi les modèles simples à la Coco Chanel (pas de plumes), ou bien, allez plus loin dans la fantaisie : tropical, et même, carnaval brésilien ! Qui oserait la banane et les fruits ?!

S’il est une survivance irrépressible du chapeau en France, elle se trouve dans les mariages, enfin de certains mariages, et c’est pour cela qu’ici aussi vous pouvez pourvoir à vos besoins en vue de ces moments uniques, accommoder la robe, ou même le costume queue de pie que vous n’avez pas manqué de choisir ailleurs. Quelques confrères et consœurs, bons collègues, savent envoyer les clients ici, parce qu’après tout, ils n’ont rien pour se coiffer. Qu’ôterez-vous de votre crâne, ou que garderez-vous au contraire, en entrant dans l’église, ou la synagogue, ou la mosquée, ou le temple… ? Comment marquer son respect ? Comment le cacher des regards d’une ou deux personnes incommodantes ? Comment vous abriter de ce pigeon dont le vol intempestif vous expose aux pires pollutions à la sortie des lieux?

Les bustes qui servent de base aux chapeaux sont en polystyrène ; une matière « merveilleuse », à en juger le patron, artiste à ses heures. Vous en faites ce que vous voulez, et c’est pour ça que parfois il conçoit lui-même ses propres bustes, cubiques, comme des sculptures de César. On l’en complimente ; aussi, il a vendu un ou deux bustes à des dames désireuses de décorer différemment leur cagibi.

Il faut tout de même poser un peu, ou vouloir jouer un peu, ou vraiment tenir à se couvrir, pour venir ici ; aussi, le chapelier s’amuse beaucoup avec sa clientèle, qui a toujours des histoires intéressantes à raconter, et qui parfois lui paraît sortie d’un roman. C’est ainsi qu’il aimerait voir sa boutique, un roman, une jolie vitrine  à l’ancienne, où il est écrit Chapeaux, en écriture cursive française classique, avec des fleurs. C’est presque anglais, au fond, presque victorien, mais heureusement, pas tout à fait. En réalité, c’est incommensurablement parisien !

Paris, le 25 novembre 2013.

A T. le chapeau vous va si bien.