Aux produits de la ruche

par Frédéric Benhaim

La porte est toujours ouverte, et de ce printemps précoce, entre un air frais et légèrement piquant, des motos, camionnettes de livraison et voitures qui passent bruyamment. Entre deux mobylettes, le calme revient, et c’est alors qu’on entend la petite fontaine d’eau que le patron a placé à l’entrée, derrière la vitrine, pour apaiser, justement.

Il règne une odeur de cire, de sain, l’arôme d’une nature à demi-apprivoisée, mais sauvage, qui se défend contre les agresseurs, qu’ils soient hommes ou ours bruns, même si elle dépérit à coup de pesticide. Les abeilles sont en danger, à force d’être contaminées ; elles sont indispensables, et c’est pour ça qu’on en est le fervent avocat, ici. Il y a toujours une pétition qui traîne sur le comptoir. Au fil des années les combats se sont succédé : Gaucho, Regent,… Quand vous êtes informés vous passez votre temps à voir des sujets de révolte. Mais ce n’est pas non plus pour ça qu’on est là. On vend du miel.

Il y en a de toutes les sortes ; c’est comme le vin ou l’huile d’olive. Vous croyez connaître un produit ; vous en découvrez mille variétés, selon la fleur, l’essence d’arbre, le milieu, la provenance…. Découvrez le miel de thym, d’acacia, de lavande, de sapin, de châtaignier, de mille fleurs, de forêt, de France, d’Italie. Ils n’ont pas le même goût, ni les mêmes vertus. Tout ça a sa science agraire, son savoir médicinal et sa poésie pastorale. De petites cuillères, posées au bas des étagères où les pots dorés, bruns, jaunes, verdoyants se succèdent, vous invitent à déguster. Souvent lorsque les clients ont goûté, ils achètent, dit-on au comptoir avec un clin d’œil. Et pour cause : imaginez ça en tartine !

Découvrez les dérivés, les gelées, les boissons. Et pour vous, allez du côté des produits de la ruche : propolis (le béton des abeilles), gelée royale, l’atout forme…  On vend des savons, des crèmes, toujours à base de miel. La crème pour mains est un délice.

On peut aussi se décorer avec des bougies à la cire d’abeille : comme souvent dans les magasins à thème unique, on va très loin dans la démarche. Quelques portraits d’abeilles, des photos de ruches (il y en a de très belles sur les murs), des livres sur l’abeille, la nature ou le miel vous permettent d’entrer plus loin encore dans l’univers comme diraient les magazines, rubrique Santé-Conso. L’air mêle une odeur de cire et de sucré ; de fleurs et d’insecte. Le sol est brun, parquet ciré, justement ; la boutique est tout en longueur ; la lumière pénètre à travers les vitrines, et donne une qualité qui rappelle les Raboteurs de Caillebotte. Vu du fond, c’est un tableau serein, presque ennuyeux.

Ca n’a l’air de rien, mais c’est une chose qu’on prend pour argent comptant, de pouvoir consommer du miel, comme on veut. On voit ça comme du Nutella, et on voit le miel comme on voit du Nutella, mais savez-vous, tout a un début, et tout peut avoir une fin…Alors…dégustez…

Paris, le 10 mars 2014.