Le café américain

Ce peuple a inventé mille milliers de choses nouvelles, et parmi celles-ci, il y a souvent eu des emprunts réinventés, et retournés. Alors en quoi le café américain est-il une nouveauté ? Nous ne parlons pas de la boisson, servie mêlée à de l’eau chaude en grande quantité et cuite longuement jusqu’à obtenir une mixture à l’Italien simple remémoration du café. Nous parlons de cet établissement que les Français ne connaissent qu’au travers du voyage et d’une ou deux grandes chaînes, le café américain.

Ce dernier est un commerce croisé entre le 7-11, la station-service, et le café à l’européenne, héritier du dix-huitième : le Procope a donné une généreuse et descendance ! On entre ici et on fait la queue. On reste ou on part.  On commande des pâtisseries au comptoir. Elles sont exposées en vitrine, à la vitrine du comptoir. Elles sont fondamentalement sucrées, mais il y a toujours un élément qui vous sauvera la santé et la conscience, telle une banane ou une tranche de gâteau aux carottes. Les chips sont nature, d’aspect ; on d irait qu’elles sortent d’une grange, d’une exploitation bio où on les a emballées dans des sacs de patates miniature, un peu plastifiés. On nous propose des thés et des cafés qui respectent les peuples, à la préparation revisitée (l’ingéniosité américaine, disais-je) : frappés, froids, sucrés et aromatisés ; redécouvrez tout cela chaud ou froid. Réapprenez, et voyez les choses autrement. Il n’y a pas de début, pas de fin, pas d’histoire « vraie »… Simplement une juxtaposition d’expériences humaines qui se succèdent et s’emmêlent. Pas de vrai café, pas de vrai thé. Ici aussi, c’est un standard, le café américain, et d’ailleurs, pour un Américain, un café, c’est ça.

Revenons au café. Musique molle, mielleuse, voix doucereuse, généralement folk ou irlandaise, ou les deux. Chaises classiques, sobres, issues du mobilier de service des employés d’un country club. Brun verts foncés comme les plumes d’un canard dans un tableau anglais, telles sont les couleurs. On s’asseoit, on se regarde peu ; on peut parler, mais généralement, on bosse. Tablettes et ordinateurs portables. Généralement gris, on a tous les mêmes. Travailler à la cool, mais travailler quand même ; et puis grossir, un peu. Où est la différence avec le cinéma voire le home cinema, expérience cathartique de l’absorption collective ? Peut-être qu’ici, comme dans les nouvelles fêtes où chacun porte des écouteurs et danse sur un canal différent, on est tous branché sur une autre histoire, une autre action. Dans ce silence des écouteurs, le calme des gens concentrés, une dame raconte ses misères à sa copine, et des ados font trop de bruit. Vous êtes tout de même dans un café.

San Francisco, le 2 août 2013. 

A mes amis, aux Myers-Mulcahy, et aux gens incroyables d’ici.