Les Commerces

Recueil en ligne d'histoires (fictives) sur le commerce de détail. Parution chaque lundi, à 16 heures. Par F.Benhaim.

Le kiosque

Dans cette station souterraine, le passage est continu. Quand il y a des travaux, ou une grève, le chiffre d’affaires baisse, subitement. Autrement, il faut faire attention aux vols.

Surveiller. Savoir tout faire à la fois : la caisse, les renseignements, la vente. Pour se simplifier la vie, une consœur, commerçante à Auber a accroché une pancarte à l’entrée de sa boutique :

NO CHANGE. NO INFORMATION.

Marre des touristes.

Ici, on vend pourtant des journaux pour eux : The Guardian, El Pais, le Herald Tribune. Pour tous, l’Officiel et le Pariscope (depuis le temps, on se demande comment ils ont fait pour ne pas se bouffer le nez). C’est le Coca et Pepsi de la presse spectacles. Les gens qui achètent ça pour avoir de la monnaie…. (NO CHANGE.) Femme Actuelle. Ca m’intéresse. La presse spécialisée. Sciences. Ordis. Spéléo. Catcheurs. Etc.

Des mouchoirs, des briquets, des cartes cadeaux iTunes. Les petits objets se vendent bien. Petits guides : les livres faciles se vendent bien. Suppléments (ça quadruple les prix et ça fait râler les clients, dans certains cas même ça décourage la vente). J’y suis pour rien, vous comprenez. Ils arrêtent pas d’en rajouter, ils savent plus faire un journal mais ils vendent des DVD.

L’odeur de papier glacé et d’encre hante l’air de derrière le comptoir ; il plane au-dessus des publications. Pourtant des millions de pas, de souffles se succèdent, dans ce couloir, jour après jour, heure après heure, année après année. Dans la lumière grise, blanche, les titres et les couvertures blanches ou blanc-grises ressortent bien. Mais la patronne du kiosque voit peu le jour. Travailler dans le métro, c’est comme être chauve-souris, vampire ou mineur. Ou, si vous préférez, quelque chose de mieux.

Il y a quelques habitués fort caractéristiques : une dame avec des cernes qui vient pour ses mots croisés, plusieurs matins par semaine. Un homme distingué qui achète Le Monde. Pas de commentaire sur le porno, mais il y en a un peu. Des ados qui s’achètent les magazines de jeux vidéo, de jeunes hommes qui prennent des revues d’informatique…

Les gens s’arrêtent parfois plus qu’il ne faut. Y en a qu’il faut toujours chasser : ils liraient tout sans payer. Curieusement, quand une personne fait halte, d’autres aussi : c’est fort mimétique, les humains. Suivent aux cohues de grands blancs, des moments calmes où pas une âme ne se montre, même dans ce métro, ou ne s’arrête. Ou bien, c’est qu’à force, on ne les voit plus.

Avec la crise de la presse, pas une année sans grève, sans livraison : que ce soit rédaction, imprimerie, etc., c’est pareil, maintenant, ce n’était pas mieux avant.

Paris, le 30 novembre 2012.

La pharmacie

            On dit que le modèle social français est en panne. Y a plus de sous, profitez-en car ce sera bientôt fini. Les Asiatiques, les Sud-américains aussi veulent leur part du gâteau, et ici, il n’y a plus d’argent. Le social, ça se paie, et quelqu’un devra passer à la caisse. Trente ans de déficit…

Ici, justement, on a tout vu : le carnet de santé, la carte vitale, le ticket modérateur, la fin du ticket modérateur, les remboursements, les déremboursements, les re-remboursements, le recyclage, la fin du recyclage, les soins alternatifs, la critique des soins alternatifs, le retour des soins alternatifs, les génériques, les marques, les génériques, les marques, etc. Tout ce qui est essayé chaque jour pour faire face. Les gens sont de plus en plus vieux, de plus en plus malades. Ou du moins ici, on en voit beaucoup.

On peut tout traiter. Enfin, traiter, vous comprenez. Pathologies lourdes (cancer, VIH, Alzheimer, Parkinson, vieillesse et fin de vie, troubles neuronaux, troubles des os, on voit de tout). On peut vous avoir les médicaments cet après-midi, dans la journée, oui, pour 17 heures, et même avant, je peux les appeler, je vais les appeler si vous voulez. Pathologies légères. Doliprane, Immosel, Immodium, machin contre la migraine, Nuro- et autres Fen, autres Doli en tous genre, aspirine, les classiques. Certains sont chers à l’achat, d’autres sont chers à la collectivité. Crèmes indispensables et crèmes à tout faire. Le fameux baume du tigre, qui soigne tout depuis le rhume à l’inflation au mollet. Mais vous n’avez pas tout vu.

Dans cet univers blanc et pastel, il y a deux mondes. Le monde du libre achat : choses diététiques, crèmes, choses limites en impact pour l’homme et la femme pressés, ou disons de moyen-long terme, gelée royale, compléments alimentaires, choses controversées, comme les pilules amaigrissantes, la crème qui fait vraiment disparaître les rides, le produit miracle (on essaie d’éviter le registre du miracle), ou même l’huile de foie de morue, qui se vend encore, à des grand-mères répressives.  Derrière le comptoir commence le monde de l’interdit, le monde de l’ordonnance et de la prescription médicale, où certains tentent de puiser par la négociation en promettant un fax du médecin. Généralement, c’est niet. C’est ce monde qu’approvisionne un autre monde de livreurs et véhicules, bientôt cyclistes et coureurs, le monde du médicament en flux tendu. C’est de ce monde qu’une ordonnance offre la clé, des boîtes à étiquette bleue, des formulaires de soin ou autres mutuelles complémentaires, de la paperasse, le cas échéant, de l’Etat providence, en somme.

Un couple gère l’affaire, ils ont plusieurs pharmacies, mais généralement ils sont ici, la maison mère. Des lunettes grises, fines, pour faire sérieux et élégant, léger. Des cheveux grisonnants, mais on reste jeune : on respire la santé. De jeunes assistants pharmaciens stagiaires et fraîchement émoulus de la faculté, préparateurs etc. Les notables, les experts, les griots de demain. Combien de dames âgées pour qui le pharmacie est une autorité finale dans la vie ? De patients malades ? D’incontinents ? De jeunes angoissés, lycéens à problèmes, lycéens à succès, étudiants drogués ou des classes préparatoires—c’est tout un ? De cadres stressés ? D’ouvriers fatigués ? D’hommes épuisés par leur femme, ou le contraire ? De femmes épuisés par leurs enfants, d’enfants épuisés par leurs parents, leurs profs, leurs cours de maths, leurs notes, leurs cours de sport, de lotions contre les douleurs musculaires, de pilules pour aller mieux, se sentir mieux, se prémunir, prévenir, contre la grippe, contre le rhume, contre l’insomnie, contre la mort ?

Entrez ici, et prenez soin de vous.

Paris, le 26 novembre 2012.

La librairie

Les affaires vont mal, et comme chez de nombreux confrères, il n’y a plus de carte de fidélité. On ne peut pas se permettre de lâcher les 5% sur tous vos achats. La marge est serrée. Oui, bien sûr, le prix unique. Mais vraiment, est-ce encore cela qui fait la différence ? Pourtant la librairie c’est toujours un « lieu de vie » (l’expression est neu neu, mais efficace). Ici, ça drague (l’employée du mardi au jeudi a un vif succès), ça parle de l’actualité littéraire et de l’avenir des lettres, ça parle de choses et d’autres à partir de là, et à la fin, c’est un commerce comme un autre : comment va Madame, comment va Monsieur, ah vous vous mariez, ah vous divorcez, ah vous aimeriez bien, vous attendez la loi. Les chiens des dames, aussi petits soient-ils, font du bruit et parfois pissent contre les étagères. Heureusement aucun livre n’est à même le sol. On se diversifie, pourtant, contre la crise : DVD de films de qualité, de films d’auteur. Audio-livres sur compact disque, marque-pages, cartes de vœux, un peu de papeterie de luxe (les fameux cahiers noirs à 9€ et plus que tout le monde s’arrache et s’imite)… What’s next ? Les livres pour enfants ont fait leur apparition, suivi des livres pour bambins. Avant les livres de cuisine, de remise en forme, de psychologie, on n’en vendait pas, maintenant, on s’y est fait, et on trouve ça aussi (il a fallu virer des romans italiens, Malaparte, Moravia). Une vraie foir’fouille.

Il reste toujours le présentoir, les conseils du libraire et la possibilité de commander. Oui, oui, même le privilège de la commande n’existe plus. Le patron essaie de ne pas s’énerver quand il voit les gens prendre les références pour aller ensuite sur Amazon. Tout ça n’est rien. n’est rien. Parfois il se prend à lire les livres pour déstresser qu’il a mis sur les étages du haut, tout à droite face à l’entrée—loin—. Le métier de libraire indépendant cependant mérite réflexion, au fond qu’est-ce que c’est, l’indépendance ? Sûrement pas de se bagarrer ainsi et de devoir faire tant de compromis. Bientôt ce sera un Monoprix, au rythme où va la transformation du fond de commerce. L’indépendance, ne pas être une FNAC ? Soit.

Revenons à la boutique. Les vitrines sont toujours joyeuses, et mettent en scène des formes d’exposition autour d’un thème : le roman italien, justement (il a bien fallu les caser quelque part), le livre de Noël, le livre sur les religions, le conflit israélo-palestinien, ah oui, car c’est une librairie engagée, ce qui n’arrange pas les choses). Les vitrines attirent du monde. Pour en attirer, c’est chose complexe : il faut à la fois avoir l’air sérieux et accessible, traditionnel (le libraire indépendant, n’est-ce pas ?) et moderne (un peu comme une mini-FNAC, et où il y aurait tout, comme un site internet). Un vrai casse-tête. Autre astuce : faire monter les rayonnages jusqu’au plafond, ça rentabilise l’espace de vente. L’angoisse du libraire est de savoir si ça tient. Vous ne vous demandez jamais, vous, si ça tient, en entrant dans une librairie ; mais pour le libraire, c’est toute une affaire, et il ne faut rien laisser au hasard. Il faut aussi avoir quelques livres en langue étrangère, qui ne se vendent jamais, sauf à des touristes ou à quelques bilingues et prétentieux de la maîtrise linguistique. Quand on a été au lycée et qu’on prend des cours du soir en russe, non, on ne peut lire Dostoïevski. Mais qu’importe, c’est de la déco, ça fait des années que c’est là. Oui, généralement, les livres tournent, et ils sont renvoyés, et les distributeurs les reprennent ; l’industrie du livre, c’est un vrai roman de complexité. Allers-retours dans tous les sens, camions et production, importation, impression, et mondialisation ; qu’est-ce que vous croyez ?

Paris, le 19 novembre 2012.

A moi-même, car c’est mon anniversaire.

A Linda Blanchet, car c’était aussi son anniversaire.

Au chocolatier d’exception

Les fêtes approchent, et quoi de plus précieux pour vos proches que de leur offrir un instant exceptionnel et cacaoté, dans un petit paquet doré, à rubans rouges et bruns, qui fait un délicat bruit de papier lorsqu’on l’ouvre goulument. A coup sûr, tous ou presque sauront apprécier le chocolat, nourriture des intellectuels des cafés du Paris des Lumières. Dernier plat de Louis XVI, sous forme d’un gâteau. Etc.

Aujourd’hui il est adapté à toute les sauces. Au basilic ou au gorgonzola. La cuisine, c’est comme la chanson, l’art ou les clips vidéo. La haute couture. Choquer, surprendre, appelez ça comme vous voulez. Le chocolat, ça se pimente. Au Mexique, il agrémente le poulet ; maintenant, il peut aussi être agrémenté de poulet. Le chocolat n’est pas ce que vous croyez , au fond, on revient à la boisson épicée des origines. Le chocolat retrouve les Indes.

Où ira-t-on, à la fin ? La cuisine française évolue, assurément, comme le chocolat français. Dans les restaurants, les sauces, on trouve ça lourd. Au chocolat, la tendance est au noir, et à l’épice : à la simplicité et à l’extrême mesuré par gouttes, au piment chirurgical. Chocolat français, chocolat suisse, belge, danois, on ne mesure plus les pays du chocolat, enfin, ceux qui le transforment. Ceux qui se sont battus en Europe pour le beurre de cacao contre l’huile de palme, qu’enfin l’Impôt sanctionnera.

L’observateur avisé, courant au fil des siècles, pourra cependant s’interroger : quoi de plus facile que de se dire « spécialiste » ? c’est comme la porcelaine, sans doute, voyageant de Chine à Delft et Limoges et maintenant Mettlach : les inspirateurs d’hier forment les réputations d’aujourd’hui. Demain les grands chocolatiers seront… Congolais ? Américains, toujours ? Brésiliens ? Russes ? C’est comme les pays émergents ou c’est décorrélé ?

La devanture laisse apparaître de subtiles ganaches, des éclairs que vous ne trouverez pas en pâtisserie (à supposer que le chocolatier est meilleur fabricant d’éclairs, cela ne va pas de soi !), au parfum de chocolat, blanc (escroquerie !), noir ou lait, ou demi-noir, ou demi-lait, mais aussi coquelicot, café, caramel au beurre salé (toujours le beurre salé). Les dames en gants bleus et couleurs, en chapeau et écharpes assorties, en tenue légère street style ou tribu, les messieurs qui travaillent dans les ministères, en banque, les ados gourmands, les dames sans moyens qui s’offrent une barre de folie, les touristes asiatiques, les Américains à la recherche du Paris secret….tout le monde se retrouve ici.

Ambiance épicée, ambiance racée ; mais ambiance chahutée, ambiance d’évadés. Le chocolat a un parfum de péché. Pourquoi ? Je ne sais pas. Peut-être son origine païenne, boisson des Mayas, des Aztèques, des Mixtèques, boisson des rois et des divinités, païennes donc. Boisson du péché, des sacrifices (humains). Nourriture des tropiques. Instrument de plaisir—des sondages publiés régulièrement illustrent la préférence des femmes pour le chocolat contre le sexe—.

Ici, on ne chauffe pas trop, même en hiver, sinon c’est la catastrophe. Laves volcaniques et érosion des glaciers ne font plus qu’un lorsque le chocolat fond. A la vitrine aussi, une nouveauté technique, qui évoque le fantasme de Roald Dahl où les enfants se perdent : la fontaine de chocolat. Achetez-en une dans le commerce, et dégustez fondues et fraises chocolatées, impressionnez vos convives. Ici, on n’en vend pas. On expose. Le chocolat est une matière, noble, qu’on aime à malaxer devant les caméras pour les reportages. C’est ainsi qu’on fait connaître la boutique. En trois ans, le chiffre d’affaires a explosé ; en temps de crise, le chocolat monte.

Découvrez aussi, les florentins, les gâteaux, les pâtes de fruits. Du chocolat, les tentacules de l’offre s’étendent. Il y en a pour tous les prix, à marge constante, parfois inversement proportionnelle : la petite boîte de trois (8 euros), la boîte moyenne de 6 (16€), la boîte moyenne moyenne de 12 (etc.)… Les poudres, pour votre café au lait. Les tablettes, toutes simples. Les rochers, pour les petites faims. Tout est là pour vous servir ; les personnels, aussi, qui rivalisent de gentillesse, et vous souhaitent une bonne dégustation, en attendant que la langue française offre de plus exquises offrandes au client satisfait.

Les vitrines sont bien tenues : elles étalent les petits cubes, pralinés et truffes, comme autant de bijoux, en vrac ou posés dans de belles et honnêtes petites rangées.

Paris, le 12 novembre 2012

A Yannis Mataillet, pour le coup du scanner.

Pommes bio

 

            C’est au bord d’un chemin. Les oiseaux chantent, derrière, les pâturages verts sont humides : c’est l’automne. Des monticules de terre élevés par les taupes ponctuent l’herbage que les vaches vont délaisser aux premières neiges. Au détour d’un chemin, les bouleaux longent le ruisseau. Là sous un arbre une table est dressée. Nous sommes à proximité d’une exploitation agricole, visible de loin, à flanc de colline.

Sur la table, à première vue, des pommes de diverse forme, un cubi, un pot de confiture…

Détaillons. Toile cirée, rouge et blanche, à carreaux. Ca tient, ça résiste, c’est increvable, donc dehors. Des gobelets : d’un côté, les usagés, d’un autre les neufs. Servez-vous dans les neufs, remplissez votre gobelet. Posez-le vide dans la pile des usagés. Goûtez aussi à la compote : pour cela, il y a deux pots de conserve.

Reprenons les pommes. Un panier de jaunes ; un panier de rouges ; un panier de poires. Producteur.

C’est ici que les mains commerçantes et terriennes ont disposé sur la petite table l’espace de vente. Pas le temps de garder un stand au bord de la route. Ici, c’est un petit complément de revenu, mais avec les mois, années, si c’est économisé, ça finira par contribuer à quelque chose, par peser. Les petits ruisseaux.

Au milieu de la table, une boîte de Ricola, fermée, dont le couvercle a été percé d’une fente. Une étiquette : « Caisse ».

Derrière elle, une petite ardoise indique les prix. 1 pour le jus. 2 pour la pomme. Servez-vous. Ayez l’amabilité, ayez la civilité, ayez l’obligation—, ….voyageurs, randonneurs, hommes venus de loin. Ici, c’est comme à l’église. Mettez votre pièce dans le tronc.

On vous fait confiance.

 

A Raphaëlle Bernard, pour la promenade sur le Wanderweg.

Les Diablerets, 3 novembre 2012.

Guitares électriques

Ca y est la barbe est à la mode, mais plus les cheveux longs. Ca n’a pas d’importance ; ici Steven Tyler d’Aerosmith a toujours quarante ans à peine. INXS, Iron Maiden, etc., c’est par ici que ça passe, à Paris. Vive La Fête. Pussy Riot (libérez-les). Ah oui. Ramstein. C’est aussi un château en Alsace.

C’est la boutique des guitares électriques. Elles pendent des murs, comme elles pendront de vos épaules, comme des fusils, longs rifles. Ca devient dur à casser en concert. C’est blanc, noir, rouge, des formes incroyables ; comme un dessin d’extraterrestre. Les murs sont en brique, et sur cette toile de fond, certaines des guitares ressemblent à des armes de science fiction, disais-je, à des avions furtifs, à des drones. Noir, rouge métallique, vert turquoise années 50, jaune canari branché, marron couleur de bois. Forme gothique, forme classique style LA 1959. La quintessence du design, c’est pas chez le fabricant de haut-parleurs danois, c’est ici, en terre californienne. Quelques mètres de Californie dans la grisaille européenne, un gars aux cheveux longs qui est sympa sans sourire (comment fait-il ?), et un voyage vestimentaire dans le tourbillon de la fin du XXième siècle : jeans troués, t-shirts à squelettes, look grunge, look néo-sixties, look skater, look, look, look….

Un sol en béton poli ; on va pas s’embarrasser, mais c’est bien pensé. Ca pourrait vous rappeler le magasin de motos. C’est le même type d’achat. Parfois, les mêmes montants à quatre chiffres. Enfin presque.

Comme c’est un lieu d’habitués, au comptoir la conversation prédomine. Les galères, le loyer, la dernière relation, ce que fera X après sa dernière démission. L’étranger qui pénètre dans la boutique est forcément un semblable. Il est un peu comme vous, un peu comme moi, il joue, il aime le son ; il aimerait peut-être percer aussi. C’est pour ça qu’on le tutoie. Ibanez, Ibanez, Ibanez, la grande marque de guitares, on l’a. Y a aussi les amplis, les multiples gadgets de la musique électrifiée, les pédales, les prises. Les amplis. Les amplis. Les amplis. Je répète parce qu’il y a des couleurs, des styles différents. L’ampli marron et jaune, style 60s, comme quelques guitares qu’on a oublié d’énumérer… L’ampli orange. L’ampli noir, le classique. Vous croyez que vous savez ? Vous ne savez rien. Passez devant la vitrine alors, ne vous arrêtez pas, mais demandez-vous si ce que vous écoutez, c’est vraiment du son ; de la musique ; de la mélodie. OK, convient le hard rockeur, parfois on lui pose la même question. Qui est-on pour dire ; les goûts et les couleurs…

Retour au magasin. Dedans, vous avez aussi le catalogue. Dans le catalogue, de célèbres chanteurs posent avec « leur » guitare. L’une ressemble à Courtney Love (la veuve de Kurt Cobain, vous savez, Nirvana). L’autre porte un masque de tête de mort. Dans cet univers fantasmatique, c’est la force masculine, subvertie par le maquillage, les cheveux longs et les masques ; un univers de musiciens, de passionnés ; de technique ; de gamins qui vident leurs économies pour s’acheter ce truc et passer des heures à essayer, avant. Les filles chantent aussi, elles jouent, elles prennent des risques, c’est pas la question, confère les Pussy Riot. Dans un garage, un appart’, un HLM, plus d’un conflit de voisinage, rébellion et guerre familiale, tout ça existe ; pourquoi cela devrait-il forcément mal finir ?

La guitare électrique, c’est comme le saxo, ça reviendra dans le mainstream (si vous dites que ça y est déjà, je me tais) mais en attendant nous on se porte pas plus mal.

En Finlande, dans les films de Kaurismäki, la guitare électrique fait partie de la culture populaire. Ici, comment ne pas se demander : se maquiller, faire du bruit, faire de la musique avec du bruit, que vous appelez bruit, c’est peut-être un signe de civilisation.

Paris, le 29 octobre 2012. 

A tous les gars et les filles de la Rue de Douai,

A  V., qui aimait bien mes « magasins ».

Le pressing

Tourne, tourne, tourne le tambour. Pour le client au comptoir, qui attend un peu, c’est comme une pendule. Dit-elle l’avenir ? En tout cas elle le ralentit, pendant que sur une chaîne qui tourne autour de notre tête les chemises, robes, pantalons, pulls, tant de couleurs et de textures, comme autant de personnages de textile, de fantômes coloriés, de torchons pressés, valsent pour trouver la commande.

Les taches indélébiles ne sont pas assurées, pas plus que les boutons. Derrière, la vapeur et le labeur de femmes et d’hommes est visible. Ils sont tout à la tâche ; leurs mains sont musclées à force de plier, repasser. Dans ce pressing tout est fait sur place, sauf certains articles un peu complexes (tapis, par exemple), mais on loue un vaporetto à ceux qui en auraient besoin.

La couleur dominante, ici, c’est le blanc. Tant les machines que les murs, que le comptoir qu’on essuie décidément pour qu’il conserve son polaire luisant originel. Le blanc, c’est la couleur du propre. La couleur de la mort aussi, dans certaines cultures, mais une mort propre. Dans les années 2000, c’était la couleur de la technologie, des Apple machins. Maintenant c’est une couleur de calotte polaire menacée, de nuage radioactif, mais ce sera toujours la couleur du propre.

Les réclames disent que lorsque mes enfants sont rentrés sales du foot, etc., Maman a su me recommander Omo, et la tache part comme par magie. Mais disons-le, la réalité n’est pas toujours si belle, et quand il faut déléguer, donner à autrui, et quand il faut un bouc-émissaire, désigner un incapable, il y a le pressing. Mais même avec tout ce mauvais esprit, parfois ils rattrapent vraiment l’affaire. Plus d’une chemise à Papa, plus d’un drap de grand-mère rattrapé ici, et pourtant, si on racontait ces histoires au lieu de n’avoir que les grincements et les grimaces, les grognons…

La musique passe, d’une radio années 80, elle tient le coup, pas de raison d’en changer. Musique aussi, années 80 (« Cherchez le garçon », Steph de Monac’, Bashung, Souchon). Le personnel tourne pas mal, mais il y a quelques piliers. Une dame, grand-mère depuis peu. Un jeune homme qui ne fait pas de bruit, ça fait déjà quatre ans. La patronne aime bien les imprimés, c’est une petite rousse. Elle aime bien les clients aussi, mais pas les râleurs. Et les gens qui paient par avance sans râler. Les charges sont lourdes, il y en a de plus en plus. On ouvre tôt : 7h30, et on ferme à 19h30. C’est le service. Derrière le comptoir, derrière la machine à tombour et le machin qui tourne, des centrales, des explosions et des poussées de vapeur. On se croirait en Islande, dans une usine. Temps modernes. Peut-être tout ce qu’il restera de l’industrie française. Des humains qui causent les éruptions ou les jugulent, au fond je ne sais pas trop, depuis le comptoir, en attendant mon pantalon. Chemise ou pantalon ; plié ou sur cintre… Les cintres métalliques, d’où viennent-ils ? Ici il y a encore ces cintres en bois, ceux qu’on n’arrive jamais à réutiliser chez soi, parce que le tissu du pantalon glisse. D’ailleurs ils les reprennent.

Des paniers à linge… Quand on donne son vêtement, il part à l’arrière, dans une chaîne incompréhensible. C’est comme donner son enfant à garder dans une usine.

Parfois, il y a un toutou derrière la vitrine, un bichon maltais qui dort ; mais il ne va jamais derrière le comptoir avec ses poils. Il a compris.

Paris, le 20 octobre 2012.

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Le caviste

Le caviste du quartier affiche ses prix avantageux et promotions dans les vitrines, sur des cartons jaunes. Pourtant, malgré les apparences, ce n’est pas une maison de promotion. Pour les connaisseurs de vin, cette franc-maçonnerie du verre à pied, c’est un trésor en rayons. Ici, trouvez les Bourgogne que les grandes surfaces ne connaissent même pas. Trouvez les Alsace que d’autres ne savent prononcer. Trouvez les Sud-Af, les Chiliens, et les Californiens.

N’entrez pas avec un sac à dos. Attention aux poussettes. C’est du verre, et ça peut tomber, et cela non seulement vous assommera, mais vous enivrera. Evitons les accidents. Dedans, il y a du bois partout. Du bois et du verre, matériaux hérités du passé. Le marchand de vin est un marchand de siècles, d’histoire, de terroir, des éléments. Un comptoir de vins n’a pas tant changé au fil du temps, seule a disparu la barque ou les chariots qui venaient décharger leur cargaison. Soit dit en passant, se faire livrer est de plus en plus compliqué. Une piste cyclable borde l’avenue.

Les caisses donnent une allure forestière, portuaire à l’endroit. Rien d’étonnant, car si l’on songe au passé des grands vins, Porto, Bordeaux, Alsace, Rhône…tout cela était exporté par voie fluviale ou maritime.

Rouge sur blanc, c’est bien connu, tout fout le camp, alors achetez l’ouvre-bouteille. Comme dans la grande chaîne du prénom ex-présidentiel, ici on vend des accessoires. L’accessoire, comme dans la mode, ça rapporte. Il y en a à la caisse et disséminés entre les bouteilles. Deux trois magnum, figure imposée. Quelques liqueurs, quelques eaux de vie, mais ici, dans l’ensemble, c’est le vin.

Le vin c’est une culture, c’est une noblesse. Produire du vin, avoir des vignes, c’est une façon moderne d’avoir des terres. Et en France, même dans la France tricolore, les gens de vin, noblesse française qui ne dit pas son nom, sont bien vus. C’est aussi le cas aux Etats-Unis, en Australie, partout, les viticulteurs sont élégants, passionnés, aventuriers de la terre et poètes à sécateur, proches de la terre. Ils posent dans les magazines. Le vin déroge aux règles égalitaires. Ils défrichent. Connaissez-vous les vins du Nouveau-Brunswick ? Ils nous font découvrir les cépages, les vignobles, les terroirs méconnus. Le vin d’Arbois—le Jura—. Le vin de Charente, non, l’autre. Etc.

Les vins bio montent un peu, mais ils souffrent de leur mauvaise réputation.

Qu’on se souvienne de la piquette, du vin plâtré d’autrefois ; tout ça existe toujours mais on n’est pas en concurrence. Ici on préfère moins mais mieux. On préfère mieux mais moins. On veut du nez, du chien, de la robe et de la note. Tant de métaphores, féminines, horticoles, musicales, corporelles. Le vin c’est le sang du Christ, aussi. C’est tant de choses. Bonne humeur. Ivresse, et désespoir. Alors le magasin de vins contient tout cela. Quand vous voyez la vitrine, vous ne voyez pas la vitrine. Mille souvenirs s’entassent en votre esprit, Français moyen. Du coup, les cartons jaunes n’ont pas d’importance ; quoi le foot, qui a parlé de foot ? Les grands négociants sont forcément grands, et les grands vins sont forcément grands ; il y a un reste impérial dans le vin de France.

Avec le réchauffement climatique, demandez-vous, à quand le vin d’Ecosse ? de Danemark ? du Kamchatka ? La ligne du vin remonte, paraît-il. Mais c’est aussi une question d’inclinaison des collines, au soleil, confère l’Alsace. Les Allemands aussi font du très bon vin. Connaissez-vous le Eiswein ? On en aimerait presque la langue allemande en France ; l’amour pour la Germanie ne reviendra peut-être pas par Merkel ou par l’acquis de la paix, mais par le vin, mais alors cet amour-là n’est pas produit en quantité suffisante. Produisez ! Justement, en Champagne, le vignoble s’agrandit, et de cela il faut se méfier. En Alsace, on a arraché des vergers par crainte de la Commission européenne, toujours elle ! qui voulait interdire les réaffectations de terres en vignoble, soi-disant. Oui tout cela a un impact sur le magasin, explique le patron au tablier beige impeccable, chemise noire ou marron de belle griffe, lunettes bien essuyées. Quand on voit ce qu’on fait avec tous ces règlements…

Quelques clients étrangers, qui viennent chaque année ; dans l’ensemble, les gens du quartier. Les prix sont pour tous, il y a du cher, et il y a de l’abordable. Sauver les vins de France ? C’est ce qu’on fait. Mais le vin d’ailleurs soutient aussi le vin de France, plus on boit, plus on en boira.

Paris, 14 octobre 2012.

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Le magasin de service

Au Québec on appelle cela un dépanneur, apprend-on au Trivial Pursuit ; cela tombe bien, c’est aussi une station service. Ici le magasin de la station service. On est en ville, sur un boulevard, quartier chic. Officiel, même. Cet endroit n’a pas la même fonction que la petite boutique de bord de route, au milieu d’une campagne. Du moins en principe, car elle vous secourra à deux heures du matin tout de même, si vous avez envie d’un sandwich ou d’un paquet de gâteaux mal avisé.

Le jour, on vend ici : de l’essence, de la bouteille d’eau, du brownie industriel, des chips, du jambon-fromage au pain d’usine. Pas la peine de demander la lune, si vous préférez, il y a une boulangerie de l’autre côté du carrefour. Les étudiants ont vu le prix, et viennent s’approvisionner au détriment des campagnes fruits et légumes. D’ailleurs on vend des pommes. Le frais arrive dans les stations service ; les magasins ressemblent de plus en plus à des superettes citadines. D’ailleurs, par ici il n’y a pas d’épicier « arabe » ; c’est ici qu’il faut venir pour le yaourt du petit matin. Les employés travaillent de jour ou de nuit, il y en a plusieurs qui se relaient ; ici on est ouvert tout le temps.

Ca sent l’essence. La lumière : du néon. Mais au milieu de la nuit, c’est incomparablement poétique. L’employé veilleur de nuit, qui n’a jamais travaillé de jour, aime ce calme, cette volupté du silence. Il a été chauffeur de taxi, réceptionniste, veilleur dans un hôtel. Les gens qui passent sont des personnages : seuls, ils le sont davantage, car ils tranchent, montrent l’exceptionnel dans l’humain ; de chaque homme, de chaque femme. Chaque être solitaire qui se présente ici, à quatre heures, à trois heures, à deux heures trente, sur un fond de lumière grise, a une histoire ; surtout en semaine, moins le samedi soir. Le samedi soir, c’est la prolongation de la semaine ; le négatif d’une journée. On vient en groupe, on nargue, on abîme, on blague, on sourit, on vomit. Tout un bazar. Non, le véritable soir c’est la nuit de semaine. Rien de tel qu’un lundi à 2 heures, un mardi à 3.

Faut-il fermer les stations services en ville ? De beaux immeubles entourent les lieux : et si ça explosait ? Certaines grand-mère regardent trop de films…

Cela gêne les piétons.

Et s’il y avait un jardin ?

Qu’est-ce qu’on fera quand ils vendront, se demande le motard (il y a tant de motards)…

Le diesel est cancérigène…

Se rencontre-t-on ici ? Plus d’un célibataire dépité l’a espéré, une nuit, en venant chercher du Coca.

Peut-on faire vérifier ses pneus ? On n’est pas à Vesoul, pense-t-on, le service c’est fini. A l’intérieur, on explique au comptoir que c’est ça qui fait la différence : le service.

Les frigos à porte vitrée se côtoient et vous regardent en banc d’église. Ici, sur le carrelage gris, au point de Mercure, salut du voyageur, tout est possible.

 

 

Paris, le 7 octobre 2012.

A David Valence.

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L’Apple Store

 

Le dernier truc est arrivé. Comme à chaque fois, tout le monde va faire la queue. Des héros auto-proclamés de la marque dormiront devant le magasin pendant trois nuits, dans un esprit de camaraderie dont l’idiotie finit s’effacer dans l’expérience collective. Une prise va changer, un nouveau gadget permettant d’ouvrir le garage à distance ; on pourra désormais téléguider son chien en promenade, à l’aide d’une puce qu’il faut lui implanter dans le cerveau. Certes, cela a changé le monde ; certes on lit, on écrit même des blogs sur ces appareils ! cependant le passant soupire à la vue des fans. Fan, c’est un état d’esprit ; Hollywood a été visionnaire, maintenant c’est le lot de tout le monde. Un jour fan remplacera ami, frère, sœur : on sera fan de ses parents, de son professeur, d’ailleurs, on l’est déjà : fan de— tartes, pizzas, mixer, film, ou chanteuse.

A la place d’un vieux théâtre, dans la galerie marchande d’un grand musée, ou sous un carrefour central, on a creusé, aménagé, et un jour est arrivé l’Apple Store. Ce n’est pas rien, l’Apple Store : la Terre en compte peu. Cet espace à pomme blanche et à murs blancs est un monde à lui tout seul. Le magasin est si semblable d’un lieu à l’autre qu’on croirait entrer dans celui de Tokyo via le couloir qui mène aux toilettes. Au fond, je ne sais pas où on est. On est dans le Store. C’est le coup de génie du fondateur décédé. Le Store. C’est ici que les inconditionnels d’une ancienne marque alternative viennent trouver leur Source. Que les étudiants qui font le énième exposé sur le marketing de la pomme viennent prendre des photos et interroger les vendeurs excédés, sourds (le bruit au magasin de Manhattan est terrible), mais souriants. Bosser ici, c’est quelque chose ; un centre névralgique, une commanderie. Click-to-mortar, vous pouvez acheter en ligne ou ici, vous pouvez regarder ici et acheter en ligne, vous pouvez parcourir, consulter vos mails. C’est beaucoup plus qu’un magasin. C’est toute une expérience… Apple n’est pas le seul Store : aux Champs Elysées, trouvez le Citroën Store, le Nespresso Store, le XXX Store. Si vous êtes une marque, il vous faut votre Store. Des décennies après le Disney Store. Si j’étais Kleenex, j’ouvrirais un Store. Où est le commerce là-dedans ? Partout et nulle part. Partout, car tout se vend, même le concept. D’ailleurs, c’est lui la première marchandise. Nulle part, car la vente est secondaire, au fond, ce qui importe c’est le concept. Le design, l’ergonomie. Le message. Plus il est fort plus vous êtes fort. Un tour de force : prendre une pomme pour emblème. D’autres choisissent une couleur. Mesdames, Messieurs, chérissez vos légumes, vos betteraves, courgettes et céleris-raves : un jour ils seront peut-être les logos d’une marque ; l’enseigne d’un Store. Comment dit-on, maintenant, Apple Pie ?

Dedans, le sourire est de mise. Quand vous achetez un ordinateur, on vous dit bienvenue dans l’univers, on vous tutoie ; c’est entrer en religion, c’est entrer en action ; c’est entrer dans la prochaine dimension, dans l’avenir… ou déjà dans le passé. Il y a quelque chose de tragique dans chaque achat technologique. A peine acquis, il est déjà dépassé. D’où le besoin d’avoir le prochain avant les autres ; le dernier avant les premiers. Les hommes adultes qui font la file devant la vitrine étaient-ils les enfants qui se battaient pour la dernière console hier ? Ceux dont le cœur palpitait lorsque la nouvelle console les attendait au pied de l’arbre de Noël, à Hannouca ou à la fin de Ramadan ? Ceux que les parents accompagnaient au magasin pour leur anniversaire, déjà dans des Store, chez FAO Schwarz, Toys’R’Us, Jouet Club, ou que sais-je, qui rentraient avec la précieuse machine sous le bras, prêts à en découdre, à attirer les copains, puis qui s’en lassaient ? C’est une boucle inépuisable, une roue de hamster : c’est une captivité. La nouveauté.

Les tables blanches exposent les nouvelles machines. Ca tient du décor de la Guerre des étoiles. Un homme l’a compris, et vint un jour déguisé en Darth Vader. Tout est étudié. Avant de lancer le dernier produit, on fait du buzz ; ça marche ; le schéma est connu (les early adopters, puis les autres, et un jour, on voit débouler des grand-mère, les cyber nannies). Les gens excentriques sont bienvenus. Les vendeurs en t-shirt les accueillent. Ils dansent avec les artistes. Ils sont cool. Ca fait partie du jeu. Comme autrefois les marchands, les marchands d’informatique ont leur langue, en l’occurrence l’anglais—pardon des anglicismes—. Le pire ennemi, ce sont ceux qui viennent, d’autres entreprises, pour copier. On les repère facilement, mais qu’ils y aillent, qu’ils essaient. Il y a aussi les Russes, et la TVA. Les Chinois, et la TVA. Les Japonais, et la TVA. Ils doivent s’amuser à l’aéroport, quand tout ce monde se présente pour la récupérer.

Le Store est une entité à lui tout seul ; comme une machine, comme un OVNI en réseau. Un jour, on pourra se téléporter de l’un à l’autre. Ce jour-là, le Store remplacera l’aéroport, et en cela, c’est bien que les employés s’entraînent à la TVA.

 

Paris, le 1er octobre 2012.

 

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