Le magasin de reprographie

Le bruit mécanique des copieurs est constant dans cette petite boutique, située à proximité de l’université. Les étudiants se succèdent à longueur de journée, mâchant des barres de chocolat et buvant des boissons sucrées, parfois détendus, parfois anxieux, parfois terriblement pressés. Les clients dernière minute, ce sont les pires ; il faut un calme absolu pour les supporter, mais il le faut, car ils reviennent toujours. Il faut leur montrer que vous pouvez travailler avec leur névrose, leur retard, leur désorganisation, et ils seront à vous, toujours à vous, a pensé, un jour ou l’autre, un commerçant qui a pris le temps d’y réfléchir.

Il y a une couleur qui domine c’est le gris : le gris des machines si vite vieillies, usées par le passage quotidien de tant de devoirs, manuels, cartons d’invitation et pièces d’identité. L’odeur, c’est celle du papier et du plastique chaud : l’air est irrespirable à l’homme de grand air. C’est une atmosphère de rat ; un environnement fait pour les humanoïdes que nous sommes déjà.

La gestion du papier est un problème permanent : il y a des ramettes partout, entassées, empilées, calées sous les tables et sur les dessus de certains meubles. Le papier cramponné, en boules, est aussi partout, et les corbeilles n’y suffisent plus. Il faut sans cesse nettoyer ; ça, les clients ne le voient pas, et pourtant elle y passe un temps fou.

L’espace est réparti autour des photocopieuses, maîtresses des lieux, numérotées. Chacun doit en référer à la machine qui lui est prescrite par la patronne. Ensuite, vous allez la voir et vous lui indiquez votre numéro de copieur, et elle vous indique combien vous devez. Pour les impressions spéciales, pour les sodas, voir avec elle. Pour les commandes en nombre, même chose.

En Iran, cette dame était sûrement pharmacienne, docteure… Elle vous répond et vous accueille avec une courtoisie toujours renouvelée, et ne hausse pas le ton face à l’impertinente gamine de vingt ans qui veut tout relié en quarante exemplaires dans une heure. C’est rare à Paris !

Si vous décidez à prendre autre chose, vous pourrez choisir parmi les cahiers, les stylos et les boissons. Bientôt, elle « fera » aussi des confiseries.

Caen, le 1er décembre 2013.

A la famille Morice.