Le glacier

Sur une rue passante, le porche vous donne accès au local, un simple carré dont la moitié est ouverte et l’autre moitié formée de la vitrine et du comptoir, et de l’Arrière, ce mystérieux domaine qui comporte l’évier, une porte, et mille autres choses insoupçonnées. Dans la vitrine réfrigérée, illuminée par un néon de rebord mystérieux à l’avant du verre, des couleurs de toutes sortes, vives et diverses comme une palette. Un arrangement de bonbons à la gomme. Des rouges (fraises, framboises,…), des jaunes (mangue, oeuf), des blancs (vanille, citron), du brun (chocolat, café), des verts (menthe, pistache).

Tout est là, et pour faire original, vous trouverez à la fois des parfums comme on n’en attendrait pas (le chocolat au basilic, la glace à l’orgeat), et des parfums comme on n’en trouve plus (la vraie vanille, la vraie fraise, le vrai rhum-raisin). Les cornets sont faits maison, les coupes sont jolies : en carton jaune fleuri, comme une vieille tapisserie, et on vous sert le tout avec une petite cuillère en plastique vif de couleur. Il n’y a pas de rationalité économique, pour le consommateur, dans la boule de glace. Certains diront 3 euros, d’autres 4 ; d’autres 4,50 dans les chaînes ou autres. Au fond ce n’est ni le froid, ni la crème, ni les fruits et les parfums que vous achetez, mais le réconfort, le vous-le-valez-bien, la satisfaction de l’enfant et le calme des neveux. C’est, comme on dirait, une « expérience ».

Aujourd’hui, on fait bien de dire glace et non crème glacée, car le yaourt, le soja, et d’autres encore ont déboulé ; que le sorbet se porte mieux que jamais ; et que les aspirants au régime veulent pouvoir se contredire sereinement.

Le personnel change souvent. Il s’agit de jeunes qui aident le patron que l’on voit certains jours. En Amérique, où il a vécu un temps, essayant d’y apprendre le métier, quelque chose, de s’installer (on n’a jamais trop su), on mange de la glace été comme hiver. Ici, en hiver, il faut se résoudre à faire des crêpes.

Paris, le 20 mai 2013.