Le Concept Store

Ce n’est pas une boutique, c’est un lieu. Peint en blanc, de la tête aux pieds, les rayons, les vitrines, les murs, au-dessus, en-dessous, même la cave, dit-on : tout est blanc. L’argent, le chromé, les couleurs métalliques, une ou deux touches d’or insolentes scintillent et brisent la profondeur de l’espace, carré d’arctique ou de voie lactée.

Dedans, deux personnes travaillent, parfois debout, parfois assises, sur une marche (la seule marche du magasin, au fond) ou sur une chaise (métallique, design). Cheveux blonds, cheveux bruns. Ils sont vêtus de noir, souvent, particulièrement en hiver, comme des metteurs en scène, comme des acteurs au studio. L’été, ce sont plutôt des couleurs, vives, des turquoise, des rouge, particulièrement du pantalon rouge—le pantalon rouge, c’est le nouveau jean bleu. Lunettes noires ou de couleur, avant les autres. Ils sont aimables, courtois, mais n’entrent pas dans votre intimité.

Certaines parties de la boutiques sont laissées vides. On ne veut pas acheter, ou vendre à tout prix. Ily y a des objets bizarres, enfin bizarres au yeux des gens qui ne comprennent pas. Un cube (théière). Un cône (fourchette). Il y a une démarche, dit-on, d’élégance, de design—le design, réponse de l’art à l’industrie (ou le contraire !), avenir de l’artisanat, des savoirs-faire—. Les Italiens l’ont compris, les Scandinaves aussi, la France est en retard. A ce rythme, on ne pavoisera plus très longtemps, et ç’en sera fini du fabriqué en France. Ici, on s’est affranchi des frontières, on se moque du lieu, on vise l’excellence.

Objets divers, divers usages. On trouve des tasses blanches, à dessin, tirage limité (on ne peut boire dedans, ou bien il faut les commander). Des bougies en forme de femme enceinte. En ce moment, on joue beaucoup avec ce concept, de creux, de courbe, de maternité, de douceur, de lait. Un ou deux animaux empaillés—dernière mode, presque passée : ils retourneront bientôt chez l’antiquaire. (Même ici, on ne peut être parfait.) Des magazines à diffusion limitée  : Monocle, Art 30, etc. où l’on trouve beaucoup de photographies, d’interviews avec des photographies en noir et blanc, et des phrases définitives, sur la vie, l’amour, la mort, l’art et le sens de la vie en société. Les édits des sommités.

Deux trois paires de chaussures très particulières (on ne croirait pas !), créateur.

Une écharpe moche, jaune et brun années 70, revisitée.

Ca a ouvert l’année dernière. Ca pourrait mieux marcher.